Usines d'engrais en Jordanie : potasse, phosphate et eau rare
La Jordanie est l'un des pays les plus arides au monde, et pourtant, elle est un important producteur mondial de phosphate et de potasse. Son industrie des engrais alimente les marchés d'exportation, tandis qu'un petit secteur agricole national se dispute des ressources en eau très limitées, et la sécurité alimentaire est devenue une priorité nationale absolue. Cet article analyse cet équilibre, la transition vers les engrais spéciaux et le doublement de la production de DAP, ainsi que le rôle des équipements de granulation et de séchage.
Agriculture en situation de pénurie d'eau
La Jordanie dispose d'environ 61 mètres cubes d'eau douce renouvelable par personne et par an, bien en deçà du seuil de 500 m³ qui marque une pénurie d'eau absolue. L'agriculture consomme plus de la moitié de cette eau et contribue à hauteur d'environ 6,91 billions de tonnes au PIB. L'agriculture est concentrée dans la vallée du Jourdain, où le climat permet une production maraîchère tout au long de l'année, principalement composée de tomates, de concombres et de pommes de terre.
| Indicateur | Chiffre | Note |
|---|---|---|
| Eau douce renouvelable par personne | Environ 61 m³ par an | Face à une limite de pénurie absolue de 500 m³ |
| La part de l'agriculture dans l'utilisation de l'eau douce | Plus de 50% | Des études suggèrent que les agriculteurs utilisent deux à cinq fois plus d'eau que nécessaire pour leurs cultures. |
| Part de l'agriculture dans le PIB | Environ 6,9% | Figure du département du Commerce des États-Unis |
| autosuffisance alimentaire | 61,4% pour l'ensemble des groupes alimentaires en 2024 | Figure du ministère de l'Agriculture |
| Importations alimentaires | Près de 4 milliards de dollars par an | Principalement du blé, de l'orge et des légumineuses |
| Eaux usées traitées pour l'irrigation | Environ 261 TP3T d'approvisionnement en eau d'irrigation (2017) | Il est prévu que la production passe de 135 à 240 millions de m³ par an. |
Le traitement des eaux usées devient un élément essentiel de l'approvisionnement en eau des exploitations agricoles. Conformément à la Stratégie nationale de l'eau 2023-2040, la totalité des eaux usées traitées est destinée à l'irrigation, et leur utilisation est actuellement limitée aux cultures fourragères et aux arbres fruitiers, à l'exclusion des légumes. Des études suggèrent que la Jordanie pourrait réduire sa consommation d'eau agricole d'environ un tiers sans incidence sur les rendements agricoles, principalement grâce à une meilleure efficacité.
En matière de demande d'engrais, cela se traduit par un secteur agricole de petite taille, fortement dépendant de l'irrigation et de plus en plus axé sur l'efficacité. À terme, les produits adaptés à l'irrigation goutte à goutte et à la fertirrigation devraient primer sur les volumes importants.
La sécurité alimentaire comme priorité nationale
Après la pandémie, la Jordanie a fait de la sécurité alimentaire une priorité politique majeure, avec une Stratégie nationale de sécurité alimentaire pour 2021-2030 et, depuis juin 2025, un Conseil suprême de la sécurité alimentaire présidé par le Premier ministre. Cette stratégie considère l'agriculture comme la pierre angulaire de la sécurité alimentaire, mais accorde un rôle plus important au secteur privé industriel et commercial en raison de la rareté de l'eau. Elle vise également à faire de la Jordanie une plateforme régionale de sécurité alimentaire pour le stockage, la logistique et la transformation des produits alimentaires. Moyen-Orient.
| Politique ou projet | Statut | Ce que cela fait |
|---|---|---|
| Stratégie nationale de sécurité alimentaire 2021-2030 | En vigueur, avec des plans d'action | Augmente la productivité des eaux souterraines, de surface et traitées ; diversifie les sources d'importation ; soutient les techniques d'économie d'eau pour les petits agriculteurs |
| Conseil suprême pour la sécurité alimentaire | Rehaussé par décision du Cabinet en juin 2025 | Présidé par le Premier ministre ; surveille la mise en œuvre et les plans relatifs aux crises alimentaires |
| Système national de gestion de l'information sur la sécurité alimentaire | Lancement prévu en octobre 2024 | Suivi de 33 indicateurs nationaux et internationaux de sécurité alimentaire |
| Stratégie nationale de l’eau 2023-2040 | En vigueur | Désigne toutes les eaux usées traitées pour l'irrigation |
| Projet de dessalement et de transport d'eau Aqaba-Amman (Porteur d'eau national) | Début des travaux prévu au quatrième trimestre 2026 ; mise en service du pompage prévue fin 2030 | 300 millions de m³ par an d'eau dessalée de la mer Rouge, un pipeline de 438 km et une centrale solaire de 281 MW ; environ 6 milliards de dollars américains |
Le réseau national d'adduction d'eau est le plus grand projet d'infrastructure jamais entrepris en Jordanie. Il est conçu pour fournir environ 401 000 tonnes d'eau potable d'ici 2040, réduisant ainsi la pression sur les nappes phréatiques. Une fois achevé, plus de la moitié de l'eau utilisée en agriculture devrait provenir d'eaux usées traitées, l'eau douce étant de plus en plus acheminée vers les villes.
Un producteur de phosphate et de potasse se déplaçant vers l'aval
La Jordanie figure parmi les principaux producteurs mondiaux de phosphate naturel et de potasse, et prévoit désormais de transformer une part bien plus importante de cette production sur son territoire. En 2025, la Jordan Phosphate Mines Company (JPMC) a produit environ 12,14 millions de tonnes de phosphate naturel, 1,36 million de tonnes d'acide phosphorique et 1 million de tonnes d'engrais phosphatés. L'Arab Potash Company (APC) extrait la potasse de la mer Morte dans le cadre d'une concession gouvernementale courant jusqu'en 2058 ; les engrais dérivés sont ensuite fabriqués par sa filiale KEMAPCO.
JPMC vise à augmenter la part du phosphate transformé localement d'environ 521 TP3T à 701 TP3T d'ici 2032. Elle prévoit également de doubler sa production de DAP, la faisant passer d'environ 700 000 tonnes à 1,4 million de tonnes par an.
| Entreprise ou projet | Principaux produits | Statut |
|---|---|---|
| JPMC | Roche phosphatée, acide phosphorique, DAP et engrais phosphatés apparentés | Planification visant à doubler la production de DAP pour atteindre 1,4 Mt/an et à traiter localement 701 TP3T de phosphate d'ici 2032 |
| APC | Potasse de la mer Morte ; engrais en aval via KEMAPCO | Concession jusqu'en 2058 |
| Complexe intégré JPMC–APC, Aqaba et Shidiya | Acide sulfurique, acide phosphorique, acide phosphorique purifié, engrais hydrosolubles et composés spéciaux de phosphate de potassium | Accord en juillet 2025 ; accord de partenariat en juillet 2026 pour la création de Jordan Advanced Specialty Fertilizers Company ; environ cinq usines prévues ; capacité et calendrier non publiés |
| JPMC et Oman National Energy | Des usines d'acide phosphorique en Jordanie et une usine d'engrais à Salalah, Oman | Un investissement d'environ 500 millions de dollars américains |
Le complexe JPMC–APC est né de trois protocoles d'accord signés en février 2023 concernant l'ammoniac, les engrais spéciaux et des études de faisabilité conjointes. Les entreprises le présentent comme une transition des exportations de matières premières vers la production à valeur ajoutée, conformément à la vision de modernisation économique de la Jordanie.
L'eau : une contrainte également pour la production
En Jordanie, la production d'engrais et l'agriculture sont des secteurs particulièrement gourmands en eau. La production de potasse, par exemple, est très consommatrice d'eau, et une enquête menée par Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ) met en lumière la concurrence pour cette ressource entre les exploitations potassiques et les agriculteurs du sud de la vallée du Jourdain.
La récupération de l'eau est une solution concrète. Des recherches menées sur des eaux usées réelles provenant d'une usine jordanienne d'engrais phosphatés ont montré qu'une neutralisation en deux étapes permettait de réduire la teneur en fluorure d'environ 941 t/3 t. L'effluent traité pourrait ensuite être soumis à une osmose inverse afin de récupérer environ la moitié de cette quantité d'eau propre, avec la possibilité de recycler la saumure pour la production. Nous abordons ce type de récupération d'eau dans notre article sur la production d'engrais dans les régions souffrant de pénurie d'eau.
Exposition aux perturbations du transport maritime de 2026
Les exportations d'engrais jordaniennes transitent principalement par Aqaba, sur la mer Rouge, en dehors du détroit d'Ormuz, ce qui la rend moins vulnérable que les producteurs du Golfe. JPMC a indiqué en juillet 2026 que son complexe industriel d'Aqaba et son port de phosphate fonctionnaient à pleine capacité.
Des effets indirects restent possibles. Un rapport d'octobre 2026 soulignait que la flambée des prix du soufre, due aux perturbations, renchérit les coûts de production du phosphate ailleurs. La production d'acide phosphorique utilisant de l'acide sulfurique issu du soufre, le traitement du phosphate en Jordanie pourrait subir des pressions similaires sur ses coûts, selon l'origine de son soufre.
C’est là que les décisions relatives à l’équipement interviennent
La Jordanie produit déjà du DAP, du NPK complexe et du sulfate de potassium, et le projet de JPMC de doubler sa production de DAP représente l'une des opportunités d'investissement les plus évidentes de cette série. Le complexe JPMC–APC ouvre la voie à des produits de spécialité, qui utilisent des procédés différents.
| Produit | Parcours de production typique | Pertinence des équipements de granulation, de séchage et de mélange |
|---|---|---|
| DAP | Granulation de la suspension (tambour ou cuve), séchage, refroidissement et tamisage | Directement pertinent, notamment avec la production de DAP qui devrait doubler pour atteindre 1,4 Mt/an. |
| Complexe NPK | Granulation utilisant du phosphate et de la potasse locaux | Directement pertinent |
| Sulfate de potassium | Conversion chimique, puis séchage et tri granulométrique | Partiel ; séchage et tamisage après l'étape chimique |
| Engrais hydrosolubles et phosphates de potassium spéciaux | Purification, cristallisation et mélange | Limité à la granulation ; le séchage et le mélange peuvent être nécessaires. |
| Acide phosphorique purifié | Purification et concentration | En dehors du champ de granulation typique |
L'opportunité la plus réaliste se situe au niveau de la production de DAP et de NPK granulés, où la disponibilité locale de phosphate et de potasse confère à la Jordanie un avantage structurel en termes de coûts. Pour toute expansion dans ce domaine, les choix se résument à la granulation en tambour ou en cuve, à la capacité des séchoirs et des refroidisseurs adaptée au débit, ainsi qu'au traitement du tamisage et du recyclage. Ce sont les domaines d'expertise de Ceylan Machine & Process. Nous n'avons constaté aucune annonce concernant le choix des équipements pour l'expansion de l'unité DAP de JPMC ni pour le complexe JPMC-APC ; ce texte décrit donc les questions auxquelles ces projets devront répondre, et non une affirmation concernant une usine en particulier.
Foire aux questions
Pourquoi la Jordanie est-elle importante dans l'industrie des engrais ?
La Jordanie figure parmi les principaux producteurs mondiaux de phosphate naturel et de potasse. En 2025, JPMC a produit environ 12,14 millions de tonnes de phosphate naturel, 1,36 million de tonnes d'acide phosphorique et 1 million de tonnes d'engrais phosphatés, tandis que la Compagnie arabe de la potasse exploite la potasse de la mer Morte.
À quel point la Jordanie souffre-t-elle de pénurie d'eau ?
La Jordanie dispose d'environ 61 mètres cubes d'eau douce renouvelable par personne et par an, bien en deçà du seuil de pénurie absolue de 500 m³. L'agriculture consomme plus de la moitié des ressources en eau douce du pays et contribue à hauteur d'environ 6,91 billions de billions de dollars au PIB.
Quelle est la stratégie de la Jordanie en matière de sécurité alimentaire ?
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire de la Jordanie 2021-2030 vise à protéger la population contre l'insécurité alimentaire, à optimiser l'utilisation des eaux souterraines, de surface et traitées, et à faire de la Jordanie un pôle régional de sécurité alimentaire. Depuis juin 2025, un Conseil suprême de la sécurité alimentaire, présidé par le Premier ministre, en assure la supervision.
Dans quelle mesure la Jordanie est-elle autosuffisante sur le plan alimentaire ?
Le ministère de l'Agriculture a fait état d'un taux d'autosuffisance de 61,41 TP3T pour l'ensemble des groupes alimentaires en 2024. La Jordanie exporte de nombreux fruits et légumes, mais importe la majeure partie de ses céréales, avec des importations alimentaires avoisinant les 4 milliards de dollars américains par an.
Qu’est-ce que le projet d’adduction d’eau Aqaba-Amman ?
Le projet national de transport d'eau dessalera 300 millions de mètres cubes d'eau de la mer Rouge par an à Aqaba et l'acheminera par canalisation sur 438 km jusqu'à Amman, grâce notamment à une centrale solaire de 281 MW. La construction devrait débuter au quatrième trimestre 2026 et la mise en service est prévue pour fin 2030. Ce projet devrait libérer de l'eau douce et permettre à une plus grande partie de l'agriculture d'utiliser des eaux usées traitées.
Qu’est-ce que le complexe d’engrais JPMC–APC ?
Il s'agit d'un complexe intégré prévu à Aqaba et Shidiya pour la production d'acide sulfurique, d'acide phosphorique, d'acide phosphorique purifié, d'engrais hydrosolubles et de composés spéciaux de phosphate de potassium. Les deux entreprises ont signé un accord de partenariat en juillet 2026 pour former la Jordan Advanced Specialty Fertilizers Company. La capacité et le calendrier de production n'ont pas encore été communiqués.